Le plus court chemin entre deux points…
…c’est la ligne droite, tous les matheux vous le diront. Et certains pousseront même le vice jusqu’à vous le démontrer.
Mais nous autres aviateurs, fans de loxodromie et d’orthodromie, nous savons bien que ce n’est pas vrai. Enfin, pas à la surface d’un globe. Ce samedi-là, moi, j’avais décidé que le plus court chemin entre Étampes et Niort passerait par Amiens, et en BUME encore. Pas le plus court, mais — fi des avions rapides — plus c’est lent, et plus on est longtemps en l’air, non ?
Samedi, donc, 10h, décollage d’Étampes à bord du F-BUME, un Cessna 150 que certains trouvent poussif. Je suis seul à bord, peu de bagages, mais les pleins des deux réservoirs long-range ont été faits « raz la g… ». C’est que je me lance dans un long périple : rallier Étampes à Niort, par le chemin des écoliers qui passe par Amiens. On fait plus direct comme route…
La première heure se déroule calmement, ponctuée de quelques alertes trafic par le contrôleur de Pontoise, visiblement excédé de voir sur son radar et dans sa zone de responsabilité quelques moutons noirs de l’aviation légère ignorant l’usage de la radio, voire du transpondeur !
1 h 24 mn de vol, Amiens se présente, et j’enroule le tour de piste autour des hortillonnages, ces jardins maraîchers irrigués par les marécages. Le trafic encore faible ne nous empêche pas de nous annoncer à deux en même temps en début de vent arrière. Petit moment d’angoisse à scruter le ciel, je ne vois pas l’autre avion, mais un échange radio permet de se situer mutuellement, je suis numéro 1 et j’atterris court pour ne pas avoir à remonter la piste et faire remettre les gaz à l’autre avion.
Je parque sur l’herbe et m’empresse de rejoindre cette ambiance décontractée et sympathique, sans prise de tête, propre aux manifestations organisées par l’aéroclub local. Kermesse bon enfant, où toutes les passions sont réunies : vieilles voitures amoureusement entretenues ou restaurées, vélivoles bénissant le ciel cumulifiant, petits avions aux bras grand ouverts pour les candidats à un baptème, enfants batifolant d’un manège à l’autre, ou s’émerveillant des engins radiocommandés, maquettes flottantes aux détails minutieusement reproduits et bolides disputant le titre sur circuit.
François et Marie-Françoise sont là, avec « Utopie II », une fière AC Cobra à la robe bleu pailleté immaculée, Camille est venu du Luxembourg dans ce fabuleux Birddog qui lui tient lieu de seconde peau. Philippe, le président en exercice de l’aéroclub d’Amiens, supervise le déroulement de la manifestation, une main de fer dans un gant de velours.
Après un début d’après-midi bien ensoleillé, il est temps de faire tourner mon ventilateur pour me rafraichir. C’est parti pour 3 h 18 mn seul à bord, cap au sud avec un détour pour passer verticale Evreux, et me remémorer les deux étés successifs qui m’ont vu endosser l’uniforme pour la première fois. Ah, les plaisirs du camping sur la cote 123 sous le crachin normand… Le vol sera sans histoire, en conditions VFR (voies ferrées, routes), les points de repère que j’ai prévu sont au rendez-vous. La radio, réglée sur la fréquence de ma destination, me permet d’écouter les copains arriver, deux heures plus au sud.
Mon arrivée coïncide avec une évolution voltige, je m’annonce donc pour une semi-directe main droite, et rejoins rapidement les copains partis monter leur village de tentes. Olivier est là, toujours présent, accessible et chaleureux pour accueillir un équipage arrivant. On se sent tout de suite bien en terre niortaise. Pffuit, la tente magique est montée, le couchage prêt. « Tu comptes dormir, cette nuit ? — Non, mais demain, oui ! ».
Je laisse la parole à Alain et Jocelyne pour la suite de cette courte nuit. Demain, après quelques heures réparatrices, il faudra replier la tente trop peu souvent utilisée, sous les quolibets de ceux qui ont galèré pour monter la leur, et faire démarrer ce brave BUME à l’ancienne, pour cause de démarreur gréviste.
