Rassemblement de chiroptères

« Les saints de glace envo­lés, était venue l’époque du grand ras­sem­ble­ment noc­turne des chauves sou­ris du GAMA. Ces chi­ro­ptères avaient d’un com­mun accord décidé de déployer leurs mem­branes dans le ciel des Deux Sèvres, près de la clai­rière de Niort, en cette nuit du 5 au 6 juin. Pas moins de 11 avions et 25 pilotes et pas­sa­gers se sont retrou­vés dans l’obscurité, que l’horoscope météo­ro­lo­gique grand public du jour nous pré­di­sait ora­geuse. Sur place, pour la deuxième année consé­cu­tive, les membres de l’équipe de l’aéroclub des Deux-​Sèvres avaient déployé tout leur savoir faire et leur sym­pa­thie pour nous accueillir.

Départs éche­lon­nés d’Étampes pen­dant tout l’après-midi de samedi. Le F-​GIEM nous refuse tout ser­vice et le F-​GHRI se sub­sti­tue à lui. Vérification de la dis­po­ni­bi­lité des équi­pe­ments indis­pen­sables pour le vol de nuit, une seule ano­ma­lie, le phare de l’EV que l’on rem­place immé­dia­te­ment. Un avion, le F-​BUME qui était parti à la mani­fes­ta­tion « 20 000 lieux dans les airs » à Amiens nous rejoin­dra direc­te­ment à Niort. Le G-​HIIV de notre ex tré­so­rier nous rejoint lui aussi depuis les terres du Comte de Toulouse. Un vil­lage de tentes mul­ti­co­lores se monte près de la tour de contrôle. Les der­nières lueurs d’un soleil un peu pâle éclairent le han­gar et la magie du vol de nuit s’installe. Halogènes sur le par­king, lucioles bleues le long des taxi­ways, bou­gies écla­tantes du bali­sage de piste, éclairs des strobes, balayage du tar­mac par des anti­col flam­boyants, lampes fron­tales qui rouges, qui blanches des pilotes, tout le monde teste ses acces­soires. Les réser­voirs se rem­plissent, les objec­tifs de la nuit sont fixés et les pilotes tra­vaillent avec achar­ne­ment sur leur doc. Le der­nier avion à ral­lier Niort, le F-​GSBL réa­lise le pre­mier atter­ris­sage de nuit de la soi­rée avec à son bord Giovanni et son élève.

D’abord petit brie­fing d’Olivier Dupont, res­pon­sable de la pla­te­forme, concer­nant l’environnement du ter­rain à res­pec­ter. Nous pro­fi­tons du moment pour lui remettre au nom de tous les pilotes un petit cadeau, en remer­cie­ment de son impli­ca­tion et sa gentillesse.

L’organisation maté­rielle en ce qui concerne les vols, sera la sui­vante : deux équi­pages, ceux du F-​GSEV et du F-​GTJC vont voler toute la nuit sur le tra­jet NIORT-​MOULINS-​TROYES-​MOULINS-​NIORT, les deux avions école F-​GSBL et F-​GHRI effec­tue­ront de l’initiation au vol de nuit en LOCAL et en TDP avec deux ins­truc­teurs, Giovanni et Alain, tan­dis que Joël et Jean Michel optent pour un cir­cuit Charentais à bord de l’IV.

Avant le grand départ, cer­tains voya­geurs se remet­tront la situa­tion et l’autorisation d’emport pas­sa­gers en mains à l’aide de quelques tours de piste. Repas sous le han­gar avec le plai­sir des retrou­vailles pour les « anciens » et émer­veille­ment des nou­veaux, plon­gés dans l’ambiance vol de nuit. Quelques flashes cré­pitent pour immor­ta­li­ser ces instants.

Les der­niers éclairs des strobes des voya­geurs dis­pa­raissent enfin dans la nuit et sur place, la ronde des élèves com­mence. Chaque séance dure envi­ron une heure et com­prend un petit vol local autour de la ville de Niort et quelques tours de piste. Les novices découvrent et s’émerveillent, ceux qui y ont déjà goûté dégustent, Fred sera lâché TDP sur son FR 172 Rocket. Olivier accom­pagne en ville ceux qui ont retenu une chambre au fur et à mesure des besoins, le vil­lage de tentes abrite pour quelques minutes ou quelques heures ceux qui ont choisi la vie spar­tiate sur place.

Trois heures du matin, quelques nou­velles par SMS des grands voya­geurs, tout va bien. IV rentre de son périple côtier après avoir assisté au bou­quet final du feu d’artifice sur le Puy du fou.

Sur place quelques éclairs illu­minent l’horizon dans dif­fé­rentes direc­tions ; un Cb plus orgueilleux que les autres nous gra­ti­fie de deux ou trois cas­cades de feu puis s’effondre vic­time de sa puis­sance et effleure nos pare-​brises de quelques gouttes d’eau.

Les der­niers vols s’achèvent vers 4 heures, nous mon­tons à la tour échan­ger nos impres­sions avec Olivier et son col­lègue Mickael qui essayent de se tenir éveillés. Un petit café et cha­cun essaye de grap­piller quelques minutes de som­meil qui sur un fau­teuil, qui sous une tente…

Le jour se lève, un bruit de moteur à l’horizon et deux atter­ris­sages coup sur coup, nos grands voya­geurs rentrent et le petit déjeu­ner nous ras­semble autour du récit de l’aventure noc­turne. Mais, mais, mais, tout ceci n’est pas du goût de tous ces petits malins qui ont trouvé il y a peu, un ter­rain pas cher pour construire leur nid d’amour juste dans la trouée d’envol de la piste cen­te­naire de Niort. »

Alain

Une nuit dans un avion

Il se pro­duit un phé­no­mène étrange, au sud, vers la piste qui nous a accueillis tout à l’heure. Un bizarre nuage tri­an­gu­laire, pointé vers le sol, gros­sit à vue d’oeil. Il n’était pas là quand je me suis posé, j’en suis sûr. Tandis que nous réem­bar­quons, les lueurs mor­do­rées à sa base nous annoncent que les pom­piers passent une mau­vaise nuit, là-​bas, dans la zone industrielle.

J’ai passé le manche, ma branche est terminée. Reflets d’une lune claire dans un lac, en bas, ribam­belles de lucioles qui des­sinent ici une route, là un pai­sible lotis­se­ment. Echo de la musique en sour­dine dans mon casque. A côté, Hervé joue avec son bra­ce­let GPS, Devant, on devise, on écha­faude une stra­té­gie d’arrivée. Des bribes de « ver­ti­cale », de « VOR » me par­viennent dans un demi som­meil, On évoque la pos­si­bi­lité d’intercepter la radiale dans l’axe pour se retrou­ver bien placé, il est aussi ques­tion d’un « Moulins », l’image fière d’un mou­lin à voile beau­ce­ron s’impose à mon esprit embrumé.

Les lou­piotes du F-​GTJC nous indiquent le che­min, cha­cun son tout de jouer les pois­sons pilote. J’échange quelques SMS avec le sol, on m’annonce un orage sur la des­ti­na­tion. Les pre­mières lueurs de l’aube des­sinent l’horizon orien­tal tan­dis que des bancs de brume révèlent le faible relief de la région. On arrive dans une demi-​heure. Hors arrêts aux stands, on a passé toute la nuit dans un avion, il faut être fou… Je suis bien.

Bruno

Visite de la police natio­nale vers 2 heures du matin

« Nous sommes trois devant les han­gars et nous sui­vons le bal­let des avions pour assu­rer en temps voulu la relève des pilotes en ins­truc­tion et les avi­taille­ments. Olivier vient de par­tir, il conduit la pre­mière four­née de ceux qui ont ter­miné et qui ont choisi la solu­tion hôtel pour finir une nuit bien com­men­cée. Pour les autres les tentes sont là, fiè­re­ment mon­tées, dans l’attente hypo­thé­tique d’un dor­meur de courte durée au petit matin…

Des éclairs sillonnent par ci par là le ciel chaud, quand, nous décou­vrons ram­pant dans notre direc­tion la Peugeot ruti­lante de la police. Elle s’arrête devant nos pieds, c’est bien pour nous… « Bonjour, y a-​t-​il un res­pon­sable ici ? — Oui, nous sommes tous res­pon­sables mais celui qui l’est pour le ter­rain va reve­nir d’une minute à l’autre. — Nous, les gen­dar­me­ries nous ont contac­tés, elles ont plein de plaintes pour le bruit , alors qu’est-ce qu’on va leur dire ? Nous, on est de Niort et c’est chaud à l’heure qu’il est, ils sortent tous des cafés et ça se bagarre.  »

Nous expli­quons la situa­tion à 2 poli­ciers ami­caux qui écoutent atten­ti­ve­ment. Sur ce, arrive Olivier qui, avec une net­teté de rai­son­ne­ment impla­cable, explique que le ter­rain est habi­lité à la cir­cu­la­tion de nuit, que la piste est bali­sée dans les règles, qu’il n’y a que 2 avions qui assurent des rota­tions, ces 2 avions sont d’ailleurs en école aves 2 ins­truc­teurs habi­li­tés vol de nuit, des gens irré­pro­chables. Ils sont bien évidem­ment au cou­rant des règles de la cir­cu­la­tion aérienne de l’aérodrome et évitent conscien­cieu­se­ment le sur­vol des vil­lages. Ils ont été brie­fés et lui-​même assure une double vigi­lance si jamais il y avait un écart, ce qui n’est pas le cas. Bien sûr, il y a le cas de ces mai­sons en bout de piste, mais là il n’y a rien à faire, c’est leur empla­ce­ment qui est en cause, on ne peut pas deman­der à des pilotes de mettre leur sécu­rité en cause pour amor­cer un virage en pleine phase de décol­lage et encore plus de nuit. Cette mani­fes­ta­tion entre dans un cadre très pré­cis de vol de nuit, elle a lieu une fois dans l’année, et tout se déroule scru­pu­leu­se­ment dans les règles avec des gens com­pé­tents et sûrs…

« Vous, vous n’êtes pas des rigo­los… ! » dit l’un des gen­darmes après avoir jeté un coup d’œil connais­seur sur les tables gar­nies de bou­teilles d’eau miné­rale pleines et vides. Appel donc à la radio pour un rap­port in situ : « acti­vité aérienne de nuit nor­male sur une piste habi­li­tée avec un éclai­rage régle­men­taire. Tout est res­pecté. » Voilà com­ment des gens res­pon­sables peuvent se défendre contre des indi­vi­dus de mau­vaise foi et être entendus…

Dimanche matin, les restes des Cb noc­turnes s’étalent et quelques escar­gots sui­ci­daires se risquent à contre QFU sur le tar­mac qui se des­sèche peu à peu. L’ordinateur est assailli pour les prévi météo qui ne sont pas très encou­ra­geantes, un front froid approche de la région pari­sienne, cer­tains décident de le pré­cé­der, d’autres, la majo­rité, d’attendre. Fin de mati­née, décol­lage décidé, fré­quence à veiller 12345, les pre­miers feront leur rap­port à mesure de leur pro­gres­sion. Alain attend l’envol de tous les oiseaux mais l’un d’entre eux, le F-BUME, refuse de secouer ses plumes, démar­reur HS. Mr Olivier « senior », nous lance l’hélice de main de maître, et après avoir fait pro­mettre au pilote de ne pas arrê­ter le moteur en vol nous le lais­sons arra­cher sa mon­ture de la terre niortaise.

Vol sous un ciel mena­çant mais rela­ti­ve­ment hos­pi­ta­lier pour nos vola­tiles, un seul mau­vais pas­sage, la ter­rible forêt de Marchenoir gar­nie d’horribles stra­tus cachés der­rière chaque tronc, elle essayera de rete­nir nos ailes mais sans suc­cès, nous réus­si­rons à déjouer ses pièges en effec­tuant un petit détour par l’Est. Quelques nou­veaux conver­tis à l’activité noc­turne, beau­coup d’anciens confor­tés et des ins­truc­teurs heureux !

Jocelyne

Bilan

  • 25 par­ti­ci­pants, pilotes et non pilotes, habi­li­tés vol de nuit ou non ;
  • 5 avions du GAMA, PA28 EV, C172 JC, C152 RI, C150 ME et HR200 BL : 40heures 45 mn dont 21heures 20 mn de nuit ;
  • 6 avions pri­vés pilo­tés par des membres du GAMA, C182 CZ (Préau-​Boisset), C210 RN (Adam), TB20 BL (Aggery-Normand), FR172 HD (Humblot), PA28 IV (Thuret), D119 SA (Biernacki) : 22 heures 55 mn dont 4h10 mn de nuit ;

GRAND TOTAL : 64 heures 40 mn dont 25 heures 30 minutes de nuit.

Nuit la plus courte 2010
Label : Nuit la plus courte 2010 (1 Mo)
Légende : Le récit ci-​dessus, agré­menté des rele­vés GPS effec­tués par Hervé. Où l’on voit que de nuit, on est sou­vent plus pré­cis que de jour !


Bruno publié à 2010-7-1 Catégorie: Actualité | Tags: