Rêves de gosse

MALLETTE-Couverture-Reve-de-gosse-24x15Un avion du GAMA a pu participer pour la deuxième année consécutive à l’opération « Rêves de Gosse » qui s’est déroulée du 14 au 25 mai.

Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un tour de France aérien en 9 étapes, organisé chaque année par l’association « Les Chevaliers du Ciel » pour offrir des baptêmes de l’air à des enfants « cabossés » par la vie ou par la maladie pour reprendre une expression très imagée de son Président-fondateur, Jean-Yves Glémée.

Pilote privé, Jean-Yves Glémée a participé à plusieurs raids aériens en Afrique pour soutenir des causes humanitaires. Au retour de l’un de ses voyages, il s’est dit que les pilotes privés pouvaient également apporter une aide en France à des enfants défavorisés. En 1997, il décide de créer l’association et lance le premier tour aérien « Rêves de Gosses » avec quelques amis pilotes.

Le premier tour est parti il y a 19 ans de Carpentras avec peu de moyens mais beaucoup de bonne volonté et beaucoup d’enthousiasme. Les anciens nous racontent quelquefois, au cours des soirées du tour, les conditions épiques dans lesquelles les premiers tours se déroulaient.

D’année en année, la démarche s’est structurée. Aujourd’hui, la caravane des « Chevaliers du Ciel » se déplace à une trentaine d’avions, soit environ 110 personnes. Chaque jour elle arrive dans une ville-étape différente et cela nécessite une très grande préparation en amont. Les Jeunes Chambres Economiques sont souvent les organisateurs locaux. Elles sont aidées par les Clubs Services tels que le Lion’s Club, le Rotary Club, ou les Kiwanis. L’armée de l’air est également un partenaire essentiel dans la logistique puisqu’elle met à disposition de l’association pendant les 10 jours du tour un CASA et son équipage pour transporter du fret et les bagages des pilotes. Aide essentielle pour ceux qui sont 3, voire 4 par avion, comme cela a été le cas pour nous cette année.

Mais les baptêmes de l’air ne sont qu’une partie des actions menées par l’association en faveur des enfants. Ils interviennent comme un aboutissement à d’autres actions menées en amont et toutes aussi essentielles.

En réalité, les enfants venus pour bénéficier d’un baptême de l’air le jour de la manifestation se sont rencontrés à plusieurs reprises au cours des mois précédents autour de projets pédagogiques. Le résultat de leurs travaux, souvent des maquettes réalisées en carton, des fresques, des peintures, sont exposés dans le village RDG sur l’aérodrome le jour de la manifestation.

Par ces rencontres, l’association des « Chevaliers du Ciel » vise à sortir les enfants « cabossés » de leur isolement et d’un quotidien pas toujours facile, c’est une action fondamentale de l’association. Ces rencontres ont également comme objectif de favoriser l’acception de la différence, et que cette différence ne devienne pas de l’indifférence.
Pour 2015, le parcours de ce 19e tour aérien passait par les villes suivantes : rassemblement et première étape les jeudi 14 et vendredi 15 mai à Narbonne, final à Pau le samedi 23 mai, en passant par la Base de Cazaux, Rochefort, Caen, Melun, Mâcon, Feurs, Aix-les-Miles, et retour aux bases respectives le dimanche 24 mai.

1_itineraireTous les bénévoles de ces villes-étapes travaillent depuis plus de 6 mois pour accueillir le tour en respectant un cahier des charges strict, notamment pour tout ce qui concerne l’organisation des baptêmes pour lesquels des mesures sont prises pour assurer un maximum de sécurité et de la convivialité pour les enfants.

Nous voilà donc parti pour notre 8e participation à ce tour aérien avec un avion du GAMA, le Juliette Charlie.

Cette année, notre équipage est composé de 4 membres : Laurence MARTINEZ, Philippe GRANSEIGNE, Mathieu LANGER, et moi-même. Nous sommes tous membres de l’association « Les Chevaliers du Ciel ».

Compte tenu de cette configuration à quatre, la pipette permettant de jauger le carburant a été un instrument essentiel pour ce tour. Heureusement, nous sommes partis d’Etampes à 3, car nous avons récupéré Mathieu à Montauban, puis Montauban Lézignan, et enfin Narbonne. Cela nous a permis de « gérer » la masse.

Chaque année, les météos du mois de mai nous réservent quelques surprises. Cette année aura été l’année du vent. En ce début mai, la France est balayée par un flux de secteur Nord-ouest, et cette tendance est restée constante et soutenue pendant ces 10 jours. A chacune de nos étapes nous avons eu droit à une « biroute » bien raide…

Dès le début du tour nous avons été baptisés par Éole. Après avoir récupéré Mathieu à Montauban, nous voici partis pour une petite escale à Lézignan pour avitaillement de JC car l’organisation nous avait prévenus qu’il n’y aurait pas de carburant à Narbonne. Dès le franchissement de Castelnaudary, nous comprenons que nous sommes « dans le souffle » du célèbre couloir. A l’arrivée à Lézignan, l’AFIS était fermé pour cause d’horaire du déjeuner, la verticale du terrain nous permet de constater une manche à air à l’horizontale, à peu près dans l’axe heureusement.

Pour déguster les casse-croûtes que Laurence avait confectionné le matin même, nous sommes obligés de nous mettre à l’abri d’un hangar. Inhabituel et assez impressionnant, même en tant que « terrien ».

A 14h00, l’agent AFIS est de retour. Nous pouvons faire l’avitaillement minimaliste qui nous sera nécessaire pour rejoindre Narbonne et pour refaire Narbonne-Lézignan le jour de l’étape à destination de Cazaux.

En montant payer à la tour, je constate que l’anémomètre est bien sur 35/40 kts avec des rafales à 45 kts. Ça décoiffe !

Enfin posés à Narbonne avec toujours le même vent (heureusement dans l’axe de la 28), le premier réflexe a été d’harnacher JC pour ne pas qu’il s’envole dans la nuit.

2_JCLa journée du rassemblement est consacrée aux formalités administratives des équipages par la direction des vols. Papiers de l’avion, papiers des pilotes, totaux des DHV, autorisations diverses, etc.

C’est aussi la journée des retrouvailles. Les « Chevaliers du Ciel » c’est un peu comme une grande famille ou comme une troupe de troubadours qui se retrouvent en tournée. Bisous, bisous… « comme vas-tu depuis l’an dernier ? », … etc…

C’est aussi la journée du mot du Président qui nous souhaite la bienvenue, et souhaite la bienvenue aux nouveaux équipages, il y en avait 3 de retenus cette année mais 2 d’entre eux ont dû annuler pour raisons professionnelles. C’est également l’occasion pour lui de nous rappeler notre mission en faveur des enfants défavorisés et atteints par la maladie. Il nous remercie aussi pour notre engagement et pour les efforts consentis car la plupart d’entre-nous prend sur ses congés pour servir cette cause et engage un budget significatif.

Cette première journée de rassemblement est aussi la journée de distribution de nos paquetages dans lesquels nous trouverons nos combinaisons que nous porterons pendant 10 jours, du matin au soir. Les années de grandes chaleurs, la combinaison perd de sa souplesse … mais cela ne sera pas le cas de cette année qui aura été fraîche et ventée.

3_pyjamasLes couleurs sont différentes pour distinguer les rôles :

  • en bleu ciel c’est « l’orga » : le Président, la direction des vols, le médecin qui accueille les enfants et donne des consignes aux pilotes lors des baptêmes en fonction des pathologies, le responsable des photos baptêmes (chaque enfant repart avec un certificat de baptême sur lequel il apparaît en photo près de l’avion avec son pilote), le photographe presse qui couvre le tour et tous les événements annexes, le responsable de la logistique, et les responsables du stand des « Chevaliers du Ciel » dans le village, le mécano qui peut intervenir sur les avions en cas de petits « bobos ».
  • en jaune : l’équipage d’animation composé 3 clowns, d’un magicien et sculpteur de ballons, et de 2 maquilleuses. Ils sont là pour divertir les enfants en attente de leur baptême de l’air.
  • en bleu marine : les pilotes bénévoles et leurs membres d’équipage. Cette année 21 avions ont été engagés.
  • les combinaisons rouges sont portées par les organisateurs locaux de l’étape.

A chaque étape, une société spécialisée monte un village de tentes pour accueillir les enfants et leurs accompagnants. Il s’agit d’une enceinte sécurisée où ils vont pouvoir patienter sans trop stresser grâce au travail de l’équipe d’animation. Ce village permet également aux sponsors qui le souhaitent de tenir un stand en faveur de leur marque. C’est le cas de Dassault, de la Caisse d’Epargne, de Suzuki, de Dassault-Système, d’Apicil, de la PJJ, de Carrefour et de l’armée de l’air. Ces sponsors contribuent également à l’occupation des enfants dans leurs stands en proposant des ateliers ou des petites animations (jeux, coloriages, démonstrations de leurs produits).

Le village de tentes dispose d’un sas de communication pour atteindre la plateforme d’embarquement dans les avions lors des baptêmes. C’est le « sas baptêmes ».

5_baptemesVendredi 15 mai, c’est parti, première étape à Narbonne.

Le vent a soufflé tellement fort dans la nuit que les responsables du village ont été obligés de démonter la plupart des tentes dans la nuit. En cette fin de matinée, le vent reste très soutenu. Ils préconisent de ne pas les remonter pendant la manifestation pour des raisons de sécurité pour le public.

14h30, dans le sas baptêmes, le Président lance la manifestation en remerciant les personnalités du jour invitées, qui pour certaines feront le baptême d’ouverture.

11_sourire1Les baptêmes se dérouleront, comme chaque jour, sous le coup d’un arrêté préfectoral dans le cadre d’une manifestation aérienne dirigée par un directeur des vols.

Avec l’aide de ses adjoints (au quotidien pilotes de ligne et pilotes professionnels), le directeur des vols enchaîne le briefing pilotes en nous donnant toutes les consignes : circuit des baptêmes avec les points tournant caractéristiques et la phraséologie sur ces points (« Juliette Charlie château d’eau en retour » par exemple), procédures de roulage, procédures de sécurité et circuit raccourci en cas d’enfants turbulents ou malades, dernières informations météo (le vent ne faiblira pas cet après-midi), aérodrome de dégagement en cas d’indisponibilité de l’aérodrome de base…

Les rotations peuvent alors commencer. Les premiers enfants s’installent dans le sas baptêmes sur 3 rangées de chaises. Le « doc » les observe et commence l’affectation aux avions en donnant ses consignes pour les enfants présentant des particularités. Les enfants en fauteuils roulants seront orientés vers les Cessna pour des raisons évidentes, et les enfants turbulents seront signalés au pilote qui aura pour consigne « de les croiser », c’est-à-dire de les mettre en place arrière-droite.

Chaque équipage est chargé de veiller à la sécurité des enfants qui lui sont confiés lors de leur acheminement du sas baptêmes vers les avions positionnés sur la plateforme d’embarquement. La consigne est de tenir les enfants par la main jusqu’à l’embarquement et de revenir les chercher à l’issue du baptême pour les ramener au sas baptêmes. Ils passent alors par une autre partie du sas où ils recevront un certificat de baptême avec leur photo devant l’avion dans lequel ils sont montés, ainsi qu’un goûter.

Les rotations s’enchaînent. Dans le sas baptêmes, les enfants avancement progressivement de rang en rang. Pour certains, la pression et le stress montent, pour d’autres c’est l’excitation qui arrive à son comble. Le « doc » est là pour les rassurer et pour les observer. De temps en temps, les clowns viennent dans le sas ou sur la plateforme d’embarquement pour détendre l’atmosphère.

7_clownsDans le village de tente, d’autres enfants attendent leur tour accompagnés de leurs parents ou de leurs enseignants et éducateurs. Pour les faire patienter, l’équipe d’animation. L’atelier de maquillage est très prisé et le magicien toujours aussi impressionnant … voire énervant pour les adultes qui essayent de comprendre où sont passées la pièce ou la boule vues dans la main gauche et qui réapparaît dans la main droite ou dans la poche.

Malgré le vent qui n’a pas faibli de tout l’après-midi, les baptêmes se sont enchaînés sans encombre et vers 17h30 l’étape de Narbonne s’achève avec la satisfaction de la mission accomplie malgré les conditions un peu particulières : 118 enfants ont bénéficié d’un baptême de l’air.

Le silence et le calme d’une petite plateforme en herbe très peu fréquentée reviennent malgré le vent d’Ouest qui souffle toujours aussi fort. Le Président reprend la parole pour remercier tous les contributeurs, en particulier les organisateurs locaux et les partenaires.

Après ces protocoles, nous voilà acheminés à nos hôtels du centre-ville de Narbonne, juste le temps de se rafraîchir un peu et d’aller à pied à une salle des fêtes proche pour le dîner.

Au milieu du dîner, l’assistante du Président nous a réservé une petite surprise : quelques danses espagnoles flamencas en tenue traditionnelle et en compagnie de sa belle-sœur, espagnole et surtout professeur de danse. Waouh !!! ça fait toujours du bien de se détendre un peu après une journée intense.

8_flamencasMais en fin de soirée, le directeur des vols nous ramène à la réalité, il annonce les horaires des navettes du lendemain matin : 7h30, donc petit déjeuner à partir de 6h30.

Cela sera à peu près notre rythme quotidien pendant 10 jours : couchés tard pour cause de dîner de gala avec les organisateurs locaux, et levés tôt pour atteindre l’étape suivante si possible avant midi.

Il nous rappelle surtout que l’avitaillement se fera à Lézignan pour une partie de la caravane et à Muret pour l’autre partie (afin de ne pas perdre trop de temps en ravitaillant tous au même endroit) et qu’il faudra tenir compte du vent de face sur le parcours qui n’aura pas faibli demain pour le calcul des temps de vol.

Le lendemain matin, samedi 16 mai, nous voici tous réunis au petit matin sur la plateforme de Narbonne autour du directeur des vols et de son équipe.

Comme tous les matins sur ces 10 jours, sa mission sera d’organiser le déplacement de la caravane vers l’étape suivante. Aujourd’hui destination la Base de Cazaux.

L’objectif est d’arriver vers midi pour avoir le temps de prendre un déjeuner léger et être prêts pour les baptêmes de l’après-midi. En VFR ce n’est pas une certitude d’arriver à l’heure à l’étape du jour depuis l’étape de la veille. Mais l’organisation dispose d’un contrat avec Météo-France qui leur donne accès à un prévisionniste. Ça ne fait pas de miracles mais ça facilite malgré tout la gestion de la météo si elle ne s’avère pas très bonne pour essayer de trouver le meilleur timing et le trajet le moins mauvais.

Ce briefing du matin est traditionnellement consacré à tracer la navigation du jour sur nos cartes sous la dictée d’un des directeurs de vols adjoints qui nous donne les points tournants choisis. Mais il paraît que les traditions se perdent, et c’est le cas pour notre petit cérémonial du matin qui sera remplacé, pour la première fois cette année depuis 19 ans, par : « allumez vos tablettes, il y a un changement de point tournant … ».

Et oui, comme nous sommes pratiquement tous équipés de tablettes depuis deux ou trois ans, la direction des vols a décidé de profiter de cette nouvelle technologie pour passer moins de temps à tirer des traits, à calculer des caps et des temps de vol, au profit des consignes de sécurité et de l’efficacité de notre mission. Ainsi, quelques jours avant le tour, tous les équipages ont reçus les navigations officielles inter-villes étapes par mail. C’est non seulement pratique mais c’est aussi un gain de temps le matin du départ en cas de nécessité d’un départ rapide pour éviter une perturbation, qu’elle s’annonce au départ, à l’arrivé ou en route.

Certains resteront nostalgiques des envolées lyriques du matin lorsque la direction des vols nous donnait les points tournants, penchés sur les cartes, en disant à son voisin : « tu l’as trouvé toi le château Duchmole ? » … « oui, il est là, regarde, sous le V su SIV de … »…. « Ah oui, tu as raison, merci … ».

Il faut vivre avec son temps et savoir bénéficier des nouvelles technologies … sans se laisser envahir et sans sacrifier la sécurité et le bon sens.

La navigation du jour étant tracée (on la reporte quand même sur les cartes au cas où …), le directeur des vols enchaîne ses consignes : roulage, procédures de départ, altitudes préconisées même si chaque commandant de bord reste responsable de sa machine et garde sa liberté de choix, fréquences et contacts (à respecter), et surtout consignes pour l’arrivée sur la Base de Cazaux. Il rappelle que nous allons chez les militaires et souhaite que nous fassions preuve de rigueur pour prendre la bonne bretelle de sortie après l’atterrissage (sur les grande piste ce n’est jamais évident), et surtout que nous respections les consignes de la fréquence sol et du placeur ensuite, qui, en bon militaire, cherchera certainement à nous parquer au millimètre, tous alignés, comme il aligne habituellement les alpha-jets ou autres machines militaires.

L’ordre des départs est donné, et c’est parti. Nous voilà partis pour un petit saut de puce de 14 NM entre Narbonne et Lézignan. Alignés sur la 28 herbe en auto-information, la manche à air est toujours à l’horizontale. L’avantage c’est qu’on est en l’air en très peu de temps (à peine 300 m) … mais passé les 500 ft ça secoue déjà bien. L’arrivée à Lézignan est prévue sur la 26 herbe, consigne de la direction des vols pour faciliter les départs pour Cazaux sur la 26 dure après refueling. Ça tombe bien car en longue finales 26, l’agent AFIS nous annonce 45 kts, et pas tout à fait dans l’axe, gloups … il faut se battre …

De nouveau la pipette pour jauger les deux réservoirs et mettre la quantité nécessaire, avec 1’heure de sécurité nécessaire en plus, et en tenant compte du vent de face.

9_cazauxIl ne faut pas perdre de temps, nous sommes attendus à Cazaux. C’est reparti, dès le décollage de Lézignan, le petit déjeuner est bien secoué dans nos estomacs, et cela va durer une bonne demi-heure jusqu’à Castelnaudary où la tramontane commence à faiblir enfin. Mais le vent dominant restera de secteur nord-ouest pour 10 à 15 kts, le GPS indiquera un petit 100 kts pratiquement sur tout le trajet, il faut être patient.

Enfin le lac de Cazaux, sous le soleil, pour une longue base gauche.

12_sourire2Après un déjeuner léger et rapide, rendez-vous au sas baptêmes pour le même rituel : lancement officiel des baptêmes par le Président en présence des VIP, et consignes de la direction des vols. Le Général commandant la SIMMAD et représentant le Chef d’Etat-major de l’Armée de l’Air, ainsi que le Colonel commandant la Base, nous ont fait l’honneur de lancer les baptêmes.

Nos premiers baptêmes auront lieu ce jour à Cazaux car nous avions fait le choix de ne pas en faire à Narbonne pour cause de gestion de carburant.

Venir se poser sur la base militaire de Cazaux et surtout faire des baptêmes de l’air sur cette base est un réel privilège que nous apprécions à sa juste valeur au cours de nos rotations. Mais comme dans toutes les grandes plateformes, le plaisir est un peu gâché par le temps de roulage, … interminable … et par l’attente au point d’arrêt car les contrôleurs de grandes pistes ne sont pas habitués à autoriser un alignement et un départ immédiat alors qu’un avion se présente en final, même lorsqu’il est à 2 NM … Mais ce n’est pas très grave car dans ce cas, cela laisse du temps pour parler avec les enfants. On leur demande généralement où ils habitent et si c’est la première fois qu’ils montent dans un petit avion. Ces quelques échanges faciliteront ensuite la relation dans le cockpit, et le vol se passera d’autant mieux.

16_pyla1A Cazaux, le circuit Baptêmes est superbe : dans le prolongement de la 25 on arrive vite sur la Dune du Pyla, puis le Cap Ferret, le bassin d’Arcachon avec les cabanes tchanquées et retour par une longue finale. Sur ma troisième rotation, des nuages bas venus de l’océan se sont invités à l’entrée du bassin, mais ils étaient épars et on pouvait facilement passer au-dessus pour respecter la consigne des 2500 ft afin de rester dans l’espace contrôlé de Cazaux et ainsi éviter les vols locaux du dimanche généralement à 1000 ou 1500 ft. Très joli, les enfants ont adoré. L’expression « côtoyer les nuages » a pris tout son sens pour eux ce jour-là.

17_pyla2Après les baptêmes et les traditionnels remerciements, le dîner et la nuitée avaient lieu sur la base. Dîner au bord du lac de Cazaux, au Mess, cadre magnifique, huîtres du bassin servies en buffet debout en guise d’apéritif avec le petit vin blanc qui va bien …

La troisième journée s’enchaîne. Nous voilà partis pour Rochefort en ce dimanche 17 mai. Au départ, la Dune du Pyla se réveille dans la brume, ce qui ne décourage pas les amateurs d’aile volante déjà nombreux à se jeter depuis la Dune.

18_casaenvolLe CASA est parti pas très loin dernière nous. Quand les conditions sont VFR, il fait la même navigation que la caravane. Petit à petit, il remonte tous les avions. Petit message radio pour assurer la sécurité (pas de changement de cap ni d’altitude), et le voilà passer sous l’aile droite. Ça fait toujours drôle de se voir doubler par un CASA …

Après une navigation dans un temps brumeux, pas très agréable, nous arrivons à Rochefort.

En milieu d’après-midi, les rotations baptêmes sont arrêtées pour laisser la place aux Cartouches Dorées qui nous feront profiter de leur maîtrise de la trajectoire. Superbe !

J’enchaîne une série de 4 rotations baptêmes avec toujours autant de satisfaction de voir le sourire des enfants et leurs mines réjouies à la descente de l’avion (ils n’ont pas toujours la même mine réjouie au départ). Certains ne sont pas en mesure de l’exprimer par des mots car ils ont perdu (ou n’ont jamais eu) l’usage de la parole, mais les sourires en disent autant, si ce n’est plus.

Lundi 22, départ pour Caen. La météo est très moyenne de nouveau, mais nous avons quand même pu survoler Fort Boyard au départ de Rochefort (c’était pratiquement dans le prolongement du décollage, il ne fallait pas s’en priver) avant de rentrer dans les terres avec une amélioration progressive et rassurante du plafond.

Mais après le déjeuner, Caen se laisse recouvrir progressivement par des nuages de plus en plus bas et de plus en plus menaçants. C’est bien ce qu’on nous avait annoncé.

19_baptemesDepuis quelques années, l’organisation a fait le choix d’envoyer des « précurseurs » à l’étape suivante afin d’assurer les baptêmes en cas de mauvaise météo le lendemain qui interdirait à la caravane, majoritairement VFR, de rallier l’étape suivante. Certains sont IFR, sur des machines IFR bien sûr, mais on les compte sur les doigts d’une main. Il est arrivé, certaines années, que ces 3 ou 4 équipages rejoignent l’étape du jour en IFR, mais cela n’a pas été nécessaire cette année, même si on a vu la direction des vols s’adresser à eux la veille d’une étape pour préparer une navigation IFR pour le lendemain… mais le lendemain l’évolution a été favorable et nous avons tous pu passer en VFR.

L’équipage No 22 de Juliette Charlie est désigné « précurseur sur Melun » comme cinq autres avions, et nous seront accompagnés par un des directeurs des vols adjoints. Un briefing rapide nous confirme qu’il ne faut pas perdre de temps car la perturbation commence à envahir la plateforme de Caen. Sur le parcours, la météo est annoncée très correct.

Nous sautons tous dans nos avions pour un départ rapide, mais les baptêmes sont en cours et le point d’attente commence à être encombré, sans compter les atterrissages de nos camarades de retours d’une rotation baptême. Les minutes s’égrènent et les gouttes de pluies commencent à devenir de plus en plus denses sur le pare-brise. C’est enfin notre tour, alignement et décollage immédiat. Départ inconfortable et mentalement prêts à faire un circuit passe hauteur pour un retour au cas où. Mais une fois en l’air on a pu gérer une trajectoire directe vers le beau temps qui se devinait au loin. Après quelques minutes de vols, le pare-brise devient à nouveau translucide et la météo s’améliore sur notre trajet comme prévu. En fin de parcours, en passant Etampes par le Nord, nous avions une petite pensée émue pour notre base de rattachement. Mais pas question de faire escale, cap sur Fontainebleau, puis Vaux-le-Vicomte, et posé à Melun.

Nous avons appris dans la soirée que nous étions partis « limite » et que les rotations baptêmes avaient été arrêtées après notre départ pendant 1h30. Le CASA a dû faire ses 2 rotations en IFR. 137 enfants auront quand même pu voler malgré tout, dont 65 à bord du CASA.

Les précurseurs ont quelquefois de petits avantages, cette fois, cela sera leurs montures qui bénéficieront d’un hangar pour passer la nuit au sec.

Le lendemain, la caravane partira avec une météo peu confortable de Caen pour rejoindre Melun. Finalement nous ne sommes pas mécontents d’avoir été désignés comme précurseurs même si il paraît qu’on a « raté » la soirée « très bretonne » et très animée.

21_togniniL’étape de Melun est organisée par l’antenne parisienne des « Chevaliers du Ciel » dirigée par Pierre Pointet. Dans le cadre des rencontres et des projets pédagogiques entre les enfants en amont de la manifestation, Pierre Pointet avait sollicité notre Président, Michel Tognini, pour animer une de ces rencontres par un exposé de ses missions spatiales. Michel Tognini s’est prêté bien volontiers à l’exercice qui s’est déroulé au musée de l’Air et de l’espace au Bourget. L’exposé, illustrée de diapositives personnelles, était particulièrement intéressant. Encore un grand merci à lui pour cette participation.

Malgré un vent qui reste soutenu comme depuis le début du tour, les rotations Baptêmes s’enchaînent parfaitement sur cette plateforme de Melun devenue « ouverte à la CAP » depuis peu.

Mercredi 20, départ pour Mâcon. Une navigation assez simple mais avec ce vent de secteur Nord-Ouest, la masse d’air reste fraîche et les plafonds bas nous obligent à rester vigilants à l’approche du Morvan traditionnellement accroché aux nuages. Contournement obligatoire de Saint Yan par le sud, et après le passage des dernières crêtes du Mâconnais (à plus de 3000 ft pour certaines), la plongée dans la vallée pour l’arrivée à Mâcon détend soudainement l’atmosphère dans le cockpit qui était devenu bien silencieux depuis quelques minutes pour le passage des crêtes.

23_travauxA Mâcon, là encore l’organisation est très minutée. Tout s’enchaîne malgré le passage de quelques nuages noirs accompagnés de pluies qui se sont invités à la partie.

Mission encore accomplie par les pilotes qui ont pu faire voler 188 enfants en provenance de cinq villes de la Région. Avec eux également, pour la première fois sur le tour, des « enfants de la lune ». Un nom poétique qui recouvre pourtant une douloureuse réalité, celle de ces enfants à qui la simple vie au grand jour est interdite. Ils doivent se protéger totalement, non seulement du soleil, mais de tout rayon Ultra Violet qui met leur vie en danger par l’apparition très précoce de cancers.

Après les traditionnels remerciements du Président et des organisateurs locaux, le dîner à lieu dans les hangars des aéroclubs tout près de nos avions. C’est toujours une forme bien sympathique et très appréciée car elle nous économise une étape en cars qui nous emmène généralement dans des salles des fêtes plus ou moins éloignées de l’aérodrome, et ensuite à nos hôtels.

La navigation du lendemain, jeudi 21 mai, est courte en distance si on considère la ligne droite, mais l’organisation nous concocte toujours quelques détours touristiques. En réalité, ces détours ont deux objectifs : éviter les zones de contact radio avec des contrôles et éviter les survols peu appropriés.

En effet, pour des raisons de sécurité, d’efficacité, et finalement aussi de confort pour nous, à chaque navigation, l’organisation a préalablement négocié nos transits avec les SIV ou autres zones qui nécessiteraient un contact. Lorsqu’il n’est pas nécessaire de prendre contact avec des contrôleurs, nous sommes tous invités à rester sur la « fréquence Chevaliers », une fréquence officielle et enregistrée, spécialement ouverte pour le tour et la caravane.

C’est également sécurisant et rassurant lorsque les météos sont difficiles et que les premiers avions, souvent la direction des vols et des pilotes expérimentés, s’annoncent au point de reports qui sont devant nous. Ça fait toujours du bien de savoir que « ça vole devant » même s’il ne faut pas perdre de vue que ça peut se refermer le temps d’arriver là où un camarade s’est annoncé.

Feurs-Chambéon est une petite plateforme en herbe comme on les aime. La piste en herbe a été soigneusement préparée pour notre arrivée, un vrai billard. Lors du dîner, le Maire nous avouera même avoir passé un certains nombreux d’heure sur le tracteur pour effectuer la tonte, avec d’autres volontaires également.

25_handiComme depuis le début de la semaine, la manche à air, là aussi, reste irrémédiablement à l’horizontal.

Accueil chaleureux et sympathique par les pilotes locaux qui voient leur plateforme envahie par une trentaine d’avions bariolés de logos de toutes sortes et pilotés par des équipages en combinaisons. Animation inhabituelle pour cette petite plateforme champêtre. Dans l’après-midi, ils joueront le jeu de ne pas voler pour laisser la priorité aux rotations baptêmes.

A Feurs, pour la quatrième étape consécutive, 2 « enfants de la lune » ont été accueillis dans la tente « Ressources » et ont bénéficié d’un baptême de l’air. Au total 160 enfants baptisés cet après-midi, uniquement dans nos avions de tourisme car le CASA, ne pouvant atterrir sur la petite piste en herbe de Feurs, était basée à Saint-Etienne ce jour-là.

27_animationsVendredi 22 matin, en route pour l’avant dernière étape, Aix-Les-Miles.

Installés dans la salle de briefing avec nos tablettes (et quand même nos cartes et nos crayons), nous attendons tous la direction des vols installée depuis un bon moment dans les bureaux de l’aéro-club. Bizarre, ils se font attendre, il doit y avoir une difficulté quelconque. Le briefing commence, et la direction des vols nous annonce que la vallée du Rhône sera balayée par un Mistral de bonne intensité. Avec le prévisionniste de Météo-France et les contrôleurs de Marseille, ils nous ont concocté une trajectoire qui devrait nous éviter l’effet lessiveuse.

« Allumez vos tablettes  pour corriger la navigation du jour ». L’astuce de la direction des vols consistera à passer le long de la face Est de la vallée du Rhône. Mais pour cela, il faut la traverser d’Est en Ouest après avoir fait un petit tronçon plein Sud de Valence à Montélimar, le tout au niveau 65, niveau le plus approprié semble-t-il.

C’est parti, interdiction de dépasser 3000 ft au départ de Feurs jusqu’à Monbrison pour ne pas emplafonner la zone de Saint-Etienne puisque nous avons toujours pour consigne de rester sur la « fréquence Chevaliers ». Passé Montbrison, plein pot vers le niveau 65 avec quelques zigzags pour éviter quelques cumulus sur notre trajectoire qui avaient du mal à monter en cette fin de matinée un peu fraîche en raison de ce vent général sur la France de secteur Nord-Ouest.

Passées les crêtes du Forez, la Vallée du Rhône s’offre à nous, toujours aussi majestueuse. Entre Valence et Montélimar, le badin affiche 157 kts … impressionnant ! Pour le moment on n’est pas trop secoués, la direction des vols à fait le bon choix, on suppose qu’elle a été bien conseillée aussi. Après Montélimar, cap sur Apt d’où il faudra entamer notre descente vers Vinon à 2500 ft conseillés. Nous ne sommes plus très loin d’Aix, le long de la Durance et en filant vers la montagne Sainte-Victoire, on prépare déjà l’arrivée : fréquences d’Aix, contact et longue base droite pour une finale face au nord bien sûr mais avec un vent moins fort qu’annoncé. Aix doit être probablement un peu protégée dans une sorte d’enclave.

Dès la descente de l’avion, on est agréablement surpris par une atmosphère bien différente des autres jours, une odeur typiquement provençale de thym et de romarin, et une température plus élevée que les 15°C que nous avions eus toute la semaine, même lorsque les journées étaient à peu près ensoleillées. En cette fin de tour où la fatigue commence à se faire sentir, cela fait du bien au moral.

Les organisateurs ont eu la très bonne idée de nous faire déjeuner sous les pins parasols près du village de tentes comme lors de notre précédent passage cinq ans auparavant.

29_canadairSur le tarmac, le CASA, installé près d’un Canadair venu en voisin de Marignane et mis à la disposition de l’organisation pour être visité, profite aussi du soleil.

14h30, les baptêmes sont ouverts avec la participation du Lieutenant-colonel Saint-Exupéry, descendant du célèbre aviateur et écrivain. En cet après-midi ensoleillé et finalement pas très ventée, les rotations baptêmes ont été réalisées dans un cadre idyllique, avec le survol du barrage du Bimont aux pieds de la montagne Sainte-Victoire. Au final, 173 enfants auront bénéficié d’un baptême de l’air au cours de 48 rotations, dont 2 vols du CASA.

Le dîner aura lieu dans les salons de la Mairie d’Aix, avec un passage au Pavillon de Vendôme et son parc où nous avons été accueillis pour un apéritif en plein air, avec un orchestre de musique jazz. Au programme, rosé bien frais ou Pastis, deux boissons locales.

La dernière étape entre Aix et Pau sera la plus longue du tour avec 310 NM. En théorie 2h30 à 120 kts, mais la direction des vols nous informe que la veille, les équipages désignés précurseurs, ont mis pour certains jusqu’à 4h00 à cause de la tramontane toujours présente. La consigne est donc de prévoir le carburant nécessaire.

Samedi 23 mai, en route pour cette dernière navigation.

31_marseilleLes gilets de sauvetage sont enfilés car la navigation du jour va consister en un transit côtier depuis La Ciotat, pour éviter les zones de Marignane, jusqu’à Narbonne, en passant au large de Marseille, de la Grand Motte, de Sète et de Béziers. Le mistral se fera bien sentir sur tout le transit, la correction de dérive importante en témoigne.

33_marseilleNarbonne est en vue et nous commencerons le parcours du combattant face à notre bonne vieille copine qui nous avait tenu compagnie huit jours auparavant, la Tramontane. Le badin affiche un petit 120 kts et le GPS à peine 90 kts. Il y a bien 30 à 35 kts de vent de face qui nous secouera sérieusement jusqu’au-delà de Carcassonne.

Posés à Pau, le relevé des compteurs confirmera un temps de vol bien rallongé par ce maudit vent : 3h30 au compteur, soit environ 3h15 de vol effectif en retirant les roulages, donc 45 mn de plus. C’est à peu près ce qu’on avait calculé.

34_jcenvolEn début d’après-midi, les vols ont été ouverts par deux grands pilotes : Eric Delesalle, Directeur des essais en vol de l’avion de transport régional ATR et Responsable des Opérations Aériennes et de la Formation des Équipages pour Novespace, et le Colonel commandant le 5e RHC.

A Pau, 169 enfants ont volé lors de 48 rotations, dont 2 effectuées par le CASA.

Le dîner de clôture a lieu dans les hangars de la plateforme avec plein de bonnes spécialités locales, pas très légères mais bien savoureuses.

35_repascloturePour clore cette dernière étape et ce 19e tour aérien des Chevaliers du Ciel, le Président Jean-Yves Glémée adresse ses félicitations aux organisateurs locaux et à tous les contributeurs, et annonce le bilan chiffré de ce tour 2015 : 1473 baptêmes effectuées au cours des 9 étapes, ce qui porte à 23785 le nombre total de baptêmes depuis la création de l’opération « Rêves de Gosse » par l’association.

Encore merci au Président du GAMA, Michel Tognini, pour nous avoir permis de participer à cette 19ème édition du tour et pour s’être impliqué dans les rencontres avec les enfants au musée du Bourget.

Un très grand merci également à Alain Fulcrand pour la préparation de l’avion et la gestion de son potentiel qui nous a permis d’effectuer 37 HDV sur ces 10 jours sans aucun incident, Juliette Charlie a tourné comme une horloge.

Antonio MARTINEZ