Tour de France des bases aériennes

Nous voici de nouveau réunis pour notre 2ème édition du Tour de France. Cette année, la thématique est celle des bases aériennes et non des moindres : Lorient Lann-Bihoué, Cognac, Dax, Mont-de-Marsan, Orange, Avord, Saint-Dizier !

Jour 1 – BAN Lann Bihoué

tdfgama01Nous nous retrouvons une petite quinzaine au GAMA samedi 1er août à 7h tapantes pour un briefing météo et NOTAM. Sur ce point, pas de souci majeur pour atteindre la base aéronautique navale de Lorient Lann-Bihoué, notre première étape. Une fois les plans de vol déposés (obligatoires pour atterrir ou décoller d’un aérodrome militaire), nous chargeons les bagages dans les avions et décollons d’Etampes vers 8h30 locales, le Cessna 210 bleu et jaune du chef pilote fermant la marche.

tdfgama02Nous arrivons en vue de la mer sous le soleil et atterrissons sans encombre à Lann-Bihoué où nous découvrons au roulage quelques Falcon 50. Une fois tous garés sous les consignes des parkers, nous sommes très chaleureusement et officiellement accueillis par les militaires. Après les vérifications d’identité d’usage, nous partons en bus déjeuner au mess.

Le programme de la visite de l’après-midi est dense : présentation des activités SAR (« Search and Rescue« ) de la base et des avions utilisés. Les Falcon 50 au sein de la flottille 24F et les Atlantique 2 au sein de la 23F sont à l’honneur, nous les visiterons et les photographierons sous toutes les coutures, impressionnés par ces engins à la fois massifs, puissants et polyvalents, capables de secourir en mer très rapidement avec un long rayon d’action (1000 mille nautiques).

Après cette première visite déjà très riche et prometteuse pour la suite, nous prenons congé de nos hôtes marins et redécollons pour l’aérodrome de Guiscriff à une vingtaine de minutes de vol pour avitailler, planter les tentes et grignoter.

tdfgama06Nous préparons tranquillement la navigation du lendemain (« c’est tout droit ») avant d’aller nous coucher, déjà bien fatigués. Nous passons notre première nuit littéralement « à la fraîche » et profitons du club-house de l’aéro-club local dont on nous a très gentiment laissé les clefs.

Jour 2 – BA709 Cognac Châteaubernard

Le réveil est à nouveau matinal (et humide), car nous sommes attendus à la base aérienne de Cognac (BA709) à 11h précises. Nous plions les tentes rapidement et nous retrouvons autour des avions pour le briefing. Rien de particulier à signaler, si ce n’est quelques zones réglementées actives en bord de mer, alors que nous avons justement prévu de longer la côte vendéenne.

Nous décollons avec le soleil qui se lève doucement et profitons de la vue : Quiberon, Golfe du Morbihan, Belle-Ile, Noirmoutier, le marais Poitevin… la météo est avec nous !

Nous arrivons à l’heure prévue à Cognac, où, à peine les flammes remises au parking, nous sommes accueillis par la Patrouille de France (PAF), en formation, qui nous salue avec les fumigènes bleu-blanc-rouge. Quelques minutes plus tard, les Alpha Jet se posent et vont se garer en file indienne à quelques dizaines de mètres de nous, suivis par le C-160 Transall logistique qui les accompagne sur tous leurs déplacements. Nous apprenons que les pilotes feront une démonstration dans la journée près d’Angoulême pour la coupe d’Europe de montgolfières, ils viennent d’abord déjeuner sur la base.

tdfgama12Nous partons justement au mess après les formalités d’usage et l’avitaillement par camion-citerne et sommes ravis de voir défiler les uns après les autres chacun des pilotes de la PAF, nous saluant et nous souhaitant bon appétit. Nous nous retrouvons tous à la cafétéria pour des échanges passionnés puis une photo de groupe en toute simplicité et dans la bonne humeur.

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Notre étape de Cognac se déroulera sur deux axes : un premier axe « aérien » avec la découverte de l’escadron de drones 1/33 « Belfort » suivi d’un second axe plus « souterrain » avec la visite d’une cave.

tdfgama14La découverte de l’escadron nous permet de prendre conscience de l’importance stratégique de ces appareils de la taille de nos avions et bourrés de technologie. Pilotés à distance par de véritables pilotes, ils sont capables de fournir en temps réel des images d’une stabilité et d’une précision remarquables, y compris de nuit, sans être remarqués compte tenu de leur altitude d’évolution.

tdfgama15L’autre découverte est celle de la précision des méthodes de fabrication de l’AOC Cognac, dont nous prenons là aussi toute la mesure à l’aide d’une dégustation qui achèvera agréablement notre visite sur place.

Nous retournons à la base où nous sommes logés pour la nuit et préparons la prochaine navigation à destination de Dax avec quelques inquiétudes quant à la météo qui s’annonce compliquée puisqu’une alerte orange à l’orage est annoncée sur tout le sud-ouest de la France.

Jour 3 – EALAT Dax ?

tdfgama16Le lendemain, les prévisions météo se confirment, des orages et de la grêle se profilent à Dax, où nous sommes censés camper. Nous nous concertons et décidons finalement de partir plus à l’est pour Condom où nous nous assurons que l’on pourra avitailler et éventuellement planter les tentes.

Nous décollons tranquillement de Cognac, survolons la Dordogne et quelques jolis châteaux repérés sur la carte pour finalement atterrir sur la piste en herbe de Condom, sous une chaleur écrasante et sans un nœud de vent.

Nous poussons péniblement les avions jusqu’à la pompe, faisons le plein et discutons avec les pilotes locaux. Outre l’accueil très sympathique qui nous est réservé puisqu’on nous prête gracieusement une voiture pour nous permettre de rejoindre un des seuls restaurants ouverts le dimanche dans une ville voisine, nous apprenons que la grêle sera aussi probablement de la fête dans la nuit.

Nous décidons donc d’abandonner définitivement l’étape Dax pour repartir encore plus à l’est vers Villefranche-de-Rouergue où nous nous faisons confirmer que nous pourrons bivouaquer.

A l’arrivée à Villefranche, nous nous préoccupons d’arrimer les avions et de positionner les tentes sous les ailes ou dans un hangar attenant pour nous protéger un minimum de la pluie et du vent à venir. A quelques minutes à pied de l’aérodrome, un centre commercial nous permet de faire quelques courses et de nous restaurer à bas prix. Nous nous glissons dans les duvets avec l’apparition de quelques gouttes.

Jour 4 – BA118 Mont-de-Marsan

Après une nuit agitée de vent et de pluie mais sans grêle (objectif atteint), nous envisageons le vol à destination de Mont-de-Marsan. Le plafond est très bas et nous surveillons régulièrement l’évolution des TAF et des METAR pour déceler une fenêtre propice, sachant que nous sommes attendus en milieu de matinée.

tdfgama20Les heures passent, sans amélioration franche, même si le plafond remonte progressivement jusqu’à 1000 pieds sol environ. Nous décidons finalement de partir vers 11h, alors que nous sommes déjà très en retard. Le vol doit durer 1h environ.

Au décollage de Villefranche, tout va bien, le plafond est bas mais la visibilité est bonne. A mi-chemin, nous constatons que le plafond devant nous baisse progressivement et nous devons réduire notre altitude. Au contact de « Marsan approche », la visibilité est de moins en moins bonne et la radio a du mal à passer. Nous cherchons à nous faufiler et à contourner la masse nuageuse plus au sud où la visibilité semble meilleure, mais c’est peine perdue. Nous comprenons que les conditions sont déjà trop mauvaises pour continuer. Le premier avion du cortège réussit à atteindre Marsan et à se poser, mais pour les autres, nous décidons de faire demi-tour et de nous dérouter sur Agen. La navigation demande alors de la concentration et nous ne sommes pas trop de trois dans l’avion : le pilote, le radionavigateur et le passager qui surveille le trafic de visu puisque tous les avions du GAMA se suivent à quelques minutes d’intervalle.

tdfgama21Nous nous posons finalement à Agen, avec une météo restée médiocre. Nous avitaillons les uns après les autres et attendons une amélioration qui arrive finalement en milieu d’après-midi. Nous reprenons notre route à destination de Marsan et cette fois, tout se passe sans problème, nous rejoindrons nos collègues arrivés plus tôt le matin mais la visite n’est plus d’actualité !… Nous montons malgré tout à la tour et avons la chance d’admirer un Rafale au décollage.

Nous prenons possession de nos quartiers, puis attaquons le repas classique au mess. Nous nous retrouvons en fin de soirée dans nos chambres pour nous reposer de ces émotions !

Jour 5 – BA115 Orange Caritat

Aujourd’hui, le trajet initialement prévu a été modifié compte tenu du fait que nous avons avitaillé à Agen la veille : la prochaine escale sera Millau pour l’essence puis Orange et enfin Pierrelatte en fin de journée pour camper.

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Nous décollons de Marsan et arrivons en vue de Millau et son viaduc, non sans avoir constaté au passage que l’aérodrome d’Albi est indisponible car occupé par des centaines de caravanes rassemblées pour un événement estival, ce que nous confirme d’ailleurs une contrôleuse du SIV de Montpellier.

Une fois le plein des avions effectué, nous repartons pour Orange avec un peu de retard sur le planning. Nous survolons des vallées typiques du Gard où serpentent les cours d’eau et sur le flanc desquelles s’éparpillent des villages pittoresques.

Nous arrivons alors en vue de la BA115 d’Orange avec un Mirage 2000 qui décolle juste devant nous.

Au sol, d’autres Mirage 2000 roulent vers leur hangar et nous les regardons passer sous un soleil de plomb, jusqu’à notre prise en charge par le sous-officier qui nous accueille et nous offre finalement des sacs-repas, que nous engloutissons rapidement pour rattraper le temps perdu.

Nous débutons la visite par un Mirage 2000, dont un jeune pilote en combinaison nous décrit les caractéristiques, les performances et les missions selon les escadrilles. Nous passons un certain temps à ausculter ce chasseur sous tous les angles, y compris en prenant la pause à tour de rôle dans le cockpit.

Nous poursuivons par l’atelier mécanique où nous découvrons à travers les explications d’un mécanicien toute la complexité du réacteur, ses différents modules et l’impressionnante concentration de technologie qu’il constitue.

Nous terminons enfin la visite par un Fennec et la présentation de son équipage (armé) de l’escadron d’hélicoptères 5/67 Alpilles spécialisé dans les Mesures actives de sûreté aérienne (MASA), comme par exemple le survol d’une centrale nucléaire.

tdfgama29Nous reprenons alors nos petits Cessna 110 kts le vent dans le dos pour rejoindre Pierrelatte, où nous déplierons nos tentes pour notre 3ème et avant-dernière nuit de camping. A Pierrelatte, nos avions ont soif et nous aussi. Pendant que nous faisons les deux pleins, un jeune adhérent du GAMA, en vacances dans le coin, n’en revient pas de nous retrouver ici et c’est réciproque. Il nous propose spontanément de nous conduire au marché de nuit de la ville voisine, ce que nous accepterons avec grand plaisir pour découvrir une ambiance du sud et les rosés des producteurs de la région.

Jour 6 – BA702 Avord

tdfgama30Le matin à Pierrelatte, pas besoin de réveil : deux paramoteurs sont là au lever du soleil pour nous rappeler qu’on peut voler même avec un moulin de mobylette boosté (2 temps qui délivre aux alentours de 20 cv). Nous les regardons s’éloigner lentement vers l’est en direction de la montagne pendant que nous émergeons en contemplant les couleurs de l’aube…

Après un petit déjeuner frugal, nous chargeons les avions et repartons de bonne heure direction Avord où nous serons hébergés. Le vol sera direct car nous avons là encore un planning serré et millimétré à respecter, et comme à chaque fois, un plan de vol à déposer. La météo est plutôt clémente, nous décidons pour la plupart d’entre nous de monter au FL55 bien au-dessus des reliefs.

L’arrivée à la BA702 d’Avord est assez impressionnante, la piste (3900 m) et le site sont gigantesques. Une fois bien parkés en rangs, nous débutons la visite par la tour de contrôle et la vigie, d’où nous suivons l’atterrissage du F-HGPF qui nous a finalement rejoints.

Nous enchaînons avec un déjeuner très détendu en compagnie des officiers qui nous accompagnent tout au long de notre séjour, puis attaquons la visite du Xingu, l’avion-école sur lequel tous les pilotes de transport sont formés. Cet avion bi-moteur a la particularité d’être difficile à piloter (notamment en cas de perte d’un moteur, pied à fond sur le palonnier) donc très formateur.

Nous poursuivons avec la visite de l’AWACS, l’avion-radar, refroidi en permanence compte tenu de la quantité d’électronique embarquée. Nous avons droit à une démonstration de l’opérateur qui, tel un virtuose, affiche, filtre, trie l’information des centaines de plots visibles à l’écran en pianotant à toute vitesse sur les boutons de contrôle.

Nous concluons cette journée marathon par la visite du musée de la base dont l’histoire nous est racontée par un colonel de réserve passionné.

Nous regagnons ensuite nos quartiers avec, pour certains pilotes et élèves, un vol de nuit à Nevers qui s’organise après le repas en salle VIP. En soirée justement, nous entendons depuis nos chambres le vrombissement des moteurs des Xingu qui font leurs exercices de panne.

Jour 7 – BA113 Saint-Dizier Robinson

Au matin, nous prenons congé de nos hôtes et décollons pour la base aérienne de Saint-Dizier (BA113), dernière étape militaire de notre périple.

Après un avitaillement plus long que prévu à Nevers, nous voyons la piste de Saint-Dizier qui se détache au loin dans la forêt. A quelques minutes de l’arrivée, nous sommes mis en attente pour laisser des Rafale revenir de mission. L’atterrissage se fait sur la piste en herbe et cela secoue un peu, mais tout se passe bien.

Nous débutons directement par la présentation de la base et de ses escadrons de chasse et de transformation de Rafale, avion ultra polyvalent, mono ou biplace selon les versions. De la théorie à la pratique, nous sommes conduits sur le tarmac pour assister à la mise en route et au décollage de huit Rafale prêts à partir en mission. Le bruit est assourdissant mais nous sommes subjugués par ce spectacle réellement impressionnant. Les Rafale se suivent au roulage et nous sommes salués par les pilotes qui rejoignent le point d’arrêt de la piste 29. Les avions décollent les uns après les autres, avec des pentes quasi verticales pour certains.

Après le déjeuner en compagnie de deux pilotes qui répondent de bonne grâce à nos nombreuses questions de béotiens, nous visitons un hangar et pouvons là encore admirer le Rafale sous toutes ses coutures. Sa conception et son ergonomie ont été étudiées pour en faire une machine optimisée pour l’opération, que ce soit du côté des pilotes ou de la logistique. Quelques séances photos dans et autour de l’avion concluent ce moment où nous sommes tous retournés en enfance.

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Nous quittons Saint-Dizier des étoiles plein les yeux, direction Juvancourt à 10 mn de vol pour passer notre dernière nuit. Les cumulo-nimbus pointent leur nez et nous nous posons juste à temps. Un quart d’heure plus tard et nous aurions dû nous dérouter…
Nous venons d’attacher les avions en prévision de bourrasques éventuelles, lorsque l’orage surgit avec une violence inouïe. Une averse de grêle s’abat sur nous accompagnée de rafales emportant tout sur leur passage… Y compris nos avions, qui malgré les amarres, sont emportés par le vent ! Nous avons tout juste le temps de courir pour les stopper. Heureusement, plus de peur que de mal, nous sommes trempés mais les avions sont intacts…

L’orage est passé et le soleil refait son apparition, nous faisons sécher nos vêtements et aménageons une table sous le patio du club-house pour un repas à la nuit tombée qui donnera le ton général de notre semaine écoulée : la bonne humeur, la passion et le partage.

Jour 8 – BA251 😉 Étampes Mondésir

Encore un peu humides, certains ont dormi sous leur tente, d’autres à même le sol ou sur une table du club-house, d’autres encore à la belle étoile, nous nous réveillons avec quelques cernes sous les yeux.

Il est temps de rentrer sur Etampes, mais pas avant d’avoir visité une cave de Champagne, histoire de terminer ce tour de France en beauté ! Un producteur du coin, membre de l’aéroclub de Juvancourt nous emmène sur son domaine et nous explique aimablement tout au long de la visite les particularités de la production de Champagne, dont nous pourrons constater les résultats à l’aide d’une dégustation.

Après le repas dans un restaurant de la ville, nous quittons cet aérodrome fort sympathique et, après une petite heure de vol sous un plafond de 1500 pieds QNH, nous nous posons sur la 06 en service les uns après les autres, puis rentrons au GAMA pour le nettoyage des avions.

Ainsi s’achève ce tour de France 2015, 2ème édition, intense et riche en expériences à la fois humaines et aéronautiques. Le groupe, toutes générations confondues, aura su se retrouver autour d’une passion commune, mais aussi des valeurs communes que défend le GAMA : sérieux, bonne humeur et dévouement pour le bien de tous. C’est bien là l’essentiel.

Nicolas Babut

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